Dieudonné Dagbéto, directeur exécutif d’Amnesty International Bénin présentant le rapport 2026 sur la situation des droits humains dans le monde, ce mardi 21 avril à Cotonou
Des voix critiques poursuivies, des médias suspendus, des populations déplacées en hausse : l’année 2025 s’inscrit dans une dynamique de tensions persistantes autour des libertés fondamentales au Bénin. C’est ce qu’il convient de retenir du rapport annuel 2026 de d’Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde, en ce qui concerne le Bénin.
Publié sous embargo, lundi 20 avril 2026, ce rapport annuel 2026 a été présenté, ce mardi 21 avril, aux médias à Cotonou par le directeur exécutif d’Amnesty International Bénin, Dieudonné Dagbéto.
Dans son rapport, Amnesty International souligne une restriction de la liberté d'expression. « Au Bénin, les droits à la liberté d’expression […] ont cette année encore fait l’objet de restrictions », a indiqué Dieudonné Dagbéto.
Plusieurs organes de presse ont été suspendus et des journalistes ont été arrêtés ou sont poursuivis. En janvier, le journal Le Patriote a été suspendu après un éditorial critiquant la gestion sécuritaire. La mesure a été levée en mai. Le site Bénin Web TV a, lui, été suspendu entre mars et mai. Son directeur général a perdu sa carte de presse, accusé d’avoir diffusé des « informations inexactes ».
Des poursuites judiciaires ont aussi ciblé des acteurs politiques et des journalistes. Julien Kandé Kansou a été arrêté en juin pour « harcèlement par le biais d’une communication électronique » et « publication de fausses nouvelles », après des propos critiques.
Le journaliste Comlan Hugues Sossoukpè a été interpellé à Abidjan puis extradé vers le Bénin, où il a été inculpé pour plusieurs chefs, dont « incitation à la rébellion » et « apologie du terrorisme ». Son collaborateur Ali Moumouni a été arrêté dans la foulée.
Cosme Hounsa, rédacteur en chef de La Boussole, a été brièvement détenu en juillet, tandis qu’Olivier Allochémé, du journal L’Événement précis, a été arrêté en octobre après des publications sur les réseaux sociaux.
Le rapport note que certaines dispositions du Code du numérique, notamment celles relatives aux « fausses informations » et au « harcèlement », ont été mobilisées dans ces procédures.
La liberté de réunion pacifique a également été affectée. En mars, le parti d’opposition Les Démocrates a déposé plusieurs plaintes après des interdictions de manifestations et des dispersions jugées violentes dans différentes villes. Amnesty International évoque des restrictions persistantes dans l’exercice du droit de manifester, dans un contexte politique marqué par des tensions.
Nord du pays : insécurité et déplacements massifs
Le rapport met en avant la dégradation sécuritaire dans le nord. Entre janvier et octobre, des attaques de groupes armés, dont le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans affilié à Al-Qaïda, ont causé la mort d’au moins 82 soldats. Ces violences ont provoqué une forte augmentation du nombre de personnes déplacées.
Selon l’Organisation internationale pour les migrations, leur nombre a atteint 27 294 en juillet 2025, soit une hausse de 118 % par rapport à 2024. « La plupart des personnes déplacées […] vivaient dans des conditions déplorables », avec un accès limité à l’alimentation, à l’eau, à la santé et au logement, précise le rapport.
Migrants et réfugiés : défis persistants
Le Comité des Nations unies pour les travailleurs migrants a pointé des insuffisances dans la législation et sa mise en œuvre. Certaines dispositions de la loi de 1986 sur les étrangers sont jugées incompatibles avec les engagements internationaux.
Le gouvernement a reconnu des difficultés à fournir des services essentiels aux réfugiés et demandeurs d’asile. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a estimé leur nombre à 30 540 en novembre, dont 70 % de femmes.
Détention : surpopulation et procédures prolongées
Les conditions de détention figurent parmi les préoccupations. « Le recours généralisé à la détention provisoire » est signalé, notamment dans le cadre de la lutte antiterroriste. Le rapport mentionne des cas de personnes détenues sans inculpation formelle, ainsi que la surpopulation carcérale, les mauvaises conditions sanitaires et l’accès limité aux soins. Une cinquantaine de personnes ont été placées en détention provisoire après une tentative de coup d’État déjouée en décembre.
Expulsions forcées : indemnisation en attente
Des milliers de familles affectées par des projets de développement attendent toujours une compensation. En février, un appel a été lancé pour recenser les personnes concernées. Dans le quartier de Fiyégnon 1, à Cotonou, plus de 3 000 personnes ont été expulsées sans indemnisation depuis 2021. « Des victimes d’expulsions forcées attendaient toujours une indemnisation appropriée », souligne Amnesty International.
Entre restrictions des libertés, défis sécuritaires et fragilités sociales, le rapport met en lumière une année 2025 marquée par de multiples tensions sur les droits fondamentaux au Bénin.
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