Sébastien Egbogbé, père du premier du Bénin au Bac 2026
Fierté, reconnaissance à Dieu et satisfaction d’un parcours construit sur plusieurs années. C’est dans cet état d’esprit que le père de Rayan évoque la réussite de son fils en tant que 1er du Bac 2026 au Bénin. Pour lui, cette performance ne doit rien au hasard. Elle est le résultat d’un travail de longue haleine, mais aussi d’une éducation fondée sur la confiance et la responsabilité.
Dans cette interview exclusive accordée à Banouto, il raconte le parcours de son fils Rayan Egbogbé, revient sur le rôle qu’il a joué conjointement avec son épouse pour contribuer à la performance de son enfant. Le père du major national au Bac 2026 explique comment il a misé sur la rigueur et le suivi plutôt que sur une discipline basée sur les interdictions.
Banouto : Que ressent un parent lorsqu'au bout de l'effort son enfant est premier du Bénin au Bac ?
Sébastien Egbogbé : C'est simplement une fierté, un mélange de fierté et de reconnaissance à Dieu. Fierté par rapport à l'enfant qui a su montrer que lorsqu'on lui fait confiance, il peut sortir le meilleur de lui-même. Fierté parce que c'est un enfant d'enseignant. Tous les enseignants se sont réjouis, sont très contents. Gratitude à Dieu parce que malgré tous les efforts, on n'aurait pas abouti à ce résultat-là si Dieu n'avait pas béni.
Selon vous, quelle est la plus grande erreur que commettent aujourd'hui les parents dans le suivi scolaire de leurs enfants?
Ah oui, c'est une très belle question parce que j'aurais pu commettre la même erreur.
Je crois qu'il faut laisser les enfants choisir leur série. Mon garçon avait été orienté pour faire la série C. Il avait dit qu'il ne voulait pas faire la série. On a tenté de le convaincre, son parrain, le directeur, tout le monde, mais il tenait à faire la série G2. On lui a fait confiance. Moi, j'ai dit : «si c'est la G2 que tu veux, là, je te laisse». Évidemment, il a su gérer jusqu'à avoir le bac avec cette mention. Ça, c'est la première erreur. Laissez les enfants choisir leur série.
Deuxième erreur, il ne faut pas comparer les enfants. Il ne faut pas comparer le résultat d'un enfant avec celui d’un autre. Il faut éviter de dire : «l'enfant de tel a réussi, il a fait telle prouesse, et puis toi, tu es là». C'est très mauvais.
Même si les notes ne sont pas bonnes, il faut trouver la manière de dire: «ce n'est pas très bon, mais tu peux encore faire mieux, tu peux faire des efforts». Même si on sent que l'enfant ne fait pas beaucoup d'efforts, il faut l'encourager. Et puis, je crois qu'avec un peu d'organisation, les enfants parviennent à donner le meilleur d’eux-mêmes.
Rayan nous a confié que vous ne lui avez pas “sucré” le téléphone portable ni la télévision. Pourquoi ce choix ?
Je ne l'ai jamais fait à un de mes enfants. Je trouvais que c'est une erreur que beaucoup de parents font. Les enfants apprennent aussi à la télévision. Les enfants apprennent sur l'Internet. Et ce que nous devons faire en tant que parents, c'est laisser les enfants libres, mais les surveiller. Je ne lui ai jamais pris le téléphone. La télévision, on a toujours fait les abonnements à bonne date. Et puis, il avait l'Internet à sa portée. Mais pourtant, c'est un garçon qui savait ce qu'il voulait. Il était vraiment organisé. Ce n'est pas parce qu'il avait Internet et autres qu'à tout bout de champ, il se donnait à ses jeux ou bien qu'il regardait tout le temps la télé.
La table sur laquelle il étudiait est en face de la télévision. Mais quand Rayan rentrait à la maison et qu'il avait des exercices à faire, vous pouvez être en train de crier, il a la tête baissée et est en train d’étudier. Et j’ai fait le même constat chez tous mes enfants.
Il est arrivé à des moments donnés où j'ai surpris mes enfants avec des expressions qu'ils n'ont pas reçues ni à l'école, ni de nous les parents. Donc ils parlent bien français parce qu'ils regardent la télé, ils apprennent des expressions à la télé.
Donc il ne faut pas faire l'erreur de dire : « On va lui prendre tout. C'est la rigueur totale ». Parce que lorsque vous faites ça à l'enfant, il devient un peu stressé. Et puis lorsque l'enfant est stressé, rien ne marche. Il peut apprendre du matin au soir ainsi que toute la nuit et puis ça ne va rien donner.
Donc, nous avons fait confiance à Rayan. Il y avait la télé, il y avait l'internet, il y avait tout. Moi je ne lui ai jamais dit : «Pourquoi tu regardes la télé ?». Il sait que rigoureusement, à 5 heures du matin, je dois le réveiller.
Peut-on alors considérer que les réseaux sociaux, Internet et la télévision peuvent également être des outils permettant à un enfant d’acquérir de la culture générale et de développer ses connaissances ?
Oui, pourquoi pas? Ce n'est pas trop bien de prendre les réseaux sociaux comme quelque chose de nocif. Je crois que le plus important, c'est de savoir que faire sur les réseaux sociaux, parce que nous sommes à l'ère du numérique.
Quoiqu'on dise, même si vous empêchez votre enfant d'aller sur Internet à la maison, il peut aller chez un ami, aller voir Internet là-bas et faire n'importe quoi. Mais lorsque l'enfant est conscientisé, lorsqu'il sait que l'Internet peut faire du bien, ça peut faire aussi du mal, alors il sait quoi regarder sur Internet. Mais les enfants savent qu'il y a des garde-fous. Ils comptent sur la rigueur de leur père. J'ai tout donné, mais j'ai gardé ma rigueur.
De vos explications, on déduit qu'il y a eu un travail de longue haleine qui a été fait à la base et qui fait que vous n’avez pas eu besoin de jouer au gendarme derrière votre enfant. Est-ce bien cela ?
Justement. Les enfants, on les fait, on les envoie à l'école, on paie leur scolarité et tout. Mais ce n'est pas l'école qui fait tout. Nous avons en tant que parents notre responsabilité dans l'éducation de nos enfants.
C'est vrai qu'ils passent la majeure partie de leur temps à l'école avec les enseignants, avec leurs camarades. Mais ça ne suffit pas. Et puis, ce n'est pas la veille d’un examen qu'il faut se réveiller pour dire que votre enfant veut être premier ou bien que votre enfant va s'en sortir.C’est depuis la maternelle qu’il faut commencer par suivre votre enfant.
Je vous confie qu'au CM2, le maître de Rayan m'avait dit que si on le coachait un peu, il pourrait être premier du CEP et aller au Prytanée militaire. Ça a raté.
En classe de 1ère, lui-même avait bossé dur. Il voulait être le premier au CAP. Ça n'a pas marché. Il m'a dit: «Papa, j’ai 18 de moyenne et je ne suis pas premier. Le premier à combien, papa? J'ai répondu : «je ne sais pas».
Depuis ce temps-là, il dit : « OK, on verra l'année prochaine». Donc, il avait misé sur 2026. Il a dit : « En 2026, moi, je serai premier au Bac. Il n'y a rien à faire». Donc, il avait de la volonté, de la détermination et il était organisé pour.
Quel a été le rôle de votre épouse dans la réussite de Rayan ?
Maman a joué un rôle très important. C'est l'occasion de rendre hommage à mon épouse. Vous voyez, derrière tout ce que nous avons fait là, il y a Maman.
Quelquefois, je dois sortir avec le garçon, l'amener aux études. Mais avant qu'il ne vienne à la maison, le repas est déjà prêt. À l'approche des examens, on a commencé par prendre beaucoup plus soin de lui.
Il faut vérifier sa santé. Il faut revoir ses repas et tout. Et puis, ce qu'il faisait, qu'il pouvait nous faire crier, on a commencé à tout adoucir.
Quelle invite ou quel message avez-vous à adresser aux parents d’élèves ?
J'avais déjà dit qu'en tant que parent, on se doit de faire confiance aux enfants. Laisser les enfants faire librement leur choix, notamment en matière de série.
Ne pas les perturber en faisant des comparaisons. L'école où nous avons inscrit nos enfants ne se limite pas seulement à l'éducation de ces enfants. Autant l'école a une responsabilité, autant les parents, la maison ont une responsabilité.
Donc ne pas laisser, parce qu'on est venu déposer l'enfant à l'école et puis le soir on vient le chercher, on ne suit rien à la maison et puis à la fin de l'année on veut les résultats. C'est mauvais. Je vous dis, je suis enseignant, il y a des parents qui ne viennent même pas chercher le bulletin de leurs enfants jusqu'à la fin de l'année.
C'est à la fin de l'année qu'on vient constater que l'enfant n'a pas travaillé et puis on commence à l'engueuler. Non, nous devons suivre nos enfants. Vous voyez l'honneur que le garçon (Rayan Egbogbé, Ndlr) a fait à toute une corporation.
C'est comme ça aussi qu'un enfant peut vous amener au tribunal, parce qu'il aurait volé. Donc l'éducation, ce n'est pas seulement à l'école, parce qu'à l'école même votre enfant va venir rencontrer des enfants qui ne sont pas de bonnes compagnies pour lui. Mais lorsque votre éducation, lorsque vous ne vous taisez pas à la maison et que vous suivez tout ce que votre enfant fait à l'école et que vous suivez ses fréquentations, je crois que vous pouvez avoir de meilleurs résultats à la fin de l'année.
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