Romuald Wadagni, président élu du Bénin descendant de l'avion (Image d'archives )
Romuald Wadagni n’a pas attendu longtemps avant d’entamer ses premiers voyages. Une semaine après son investiture, il s’est rendu à Abuja. Puis sont venus Niamey, Ouagadougou, Lomé et Abidjan. Quelques jours plus tard, le président béninois a repris l’avion pour Dakar, Bamako et Bissau. Le 24 juin, il a mis le cap sur Bruxelles avant de poursuivre, en juillet, son ouverture diplomatique vers Nouakchott.
Derrière cette succession de déplacements, un même fil conducteur : renouer le dialogue avec les voisins, défendre les intérêts économiques du Bénin et maintenir ouverts les canaux de coopération dans une région ouest-africaine profondément divisée.
1. Abuja : le Nigeria au cœur du dispositif
Le Nigeria a été la première destination officielle de Romuald Wadagni après son accession au pouvoir. À Abuja, le 1er juin, il a rencontré son homologue Bola Ahmed Tinubu. Les discussions ont porté sur plusieurs dossiers stratégiques : intégration économique et industrielle, coopération énergétique, sécurité maritime dans le golfe de Guinée et enjeux régionaux. La présidence béninoise a présenté le partenariat avec le Nigeria comme stratégique.
La dimension commerciale était également centrale. Avec plus de 800 kilomètres de frontière commune, le Nigeria reste un partenaire incontournable du Bénin. Le Port autonome de Cotonou, les échanges commerciaux et la Zone industrielle de Glo-Djigbé s’inscrivent dans cette volonté de renforcer la coopération économique.
2. Niamey : tenter de tourner la page
Le lendemain, Wadagni s’est rendu à Niamey pour rencontrer Abdourahamane Tiani. L’enjeu était plus délicat : réparer une relation fortement dégradée depuis le coup d’État de juillet 2023. Les discussions ont porté sur la sécurité, la coopération bilatérale et la situation régionale. Surtout, les deux dirigeants ont décidé de travailler à la réouverture par le Niger de sa frontière avec le Bénin.
Un comité d’experts a été institué afin d’identifier les obstacles et de proposer des solutions. Les deux chefs d’État ont également réaffirmé leur volonté d’« unir leurs forces pour combattre le fléau du terrorisme et du banditisme ». Le déplacement à Niamey a donc constitué davantage qu’un geste diplomatique. Il a posé les bases d’un effort de décrispation entre Cotonou et Niamey.
3. Ouagadougou : maintenir le dialogue avec le Sahel
À Ouagadougou, Wadagni a poursuivi cette démarche auprès d’Ibrahim Traoré. La rencontre avec le président burkinabè s’est articulée autour de trois préoccupations : sécurité régionale, coopération économique et commerciale et solidarité entre les peuples.
Le choix de se rendre au Burkina Faso, membre de l’Alliance des États du Sahel, constitue aussi un signal diplomatique. Cotonou entend maintenir le dialogue avec les pays sahéliens malgré les fractures institutionnelles qui traversent l’espace ouest-africain.
4. Lomé et Abidjan : consolider le bon voisinage
Le 3 juin, Wadagni a poursuivi sa tournée à Lomé, où il a rencontré le président du conseil, Faure Essozimna Gnassingbé. Les échanges ont porté sur les relations bilatérales, mais aussi sur les questions régionales, continentales et internationales. Les deux dirigeants ont convenu de renforcer la concertation diplomatique au sein des organisations régionales, continentales et internationales.
Le 4 juin, le président béninois s’est rendu à Abidjan pour rencontrer Alassane Ouattara. Cette étape avait une portée à la fois politique et économique. Le Bénin et la Côte d’Ivoire partagent des intérêts importants en matière de commerce, d’intégration et de stabilité régionale. Au terme de cette première séquence, Wadagni a salué la disponibilité de ses homologues et résumé sa démarche autour d’une conviction : « notre avenir se construira dans le dialogue, la confiance et la coopération ».
5. Dakar, Bamako et Bissau : élargir le cercle
Le 9 juin, Wadagni a repris l’avion pour Dakar, Bamako et Bissau. Cette deuxième séquence visait à approfondir la coopération économique et commerciale, la solidarité entre les peuples et la réponse aux défis sécuritaires. À Bamako, la rencontre avec Assimi Goïta a notamment débouché sur la volonté de renforcer la coopération économique, commerciale et culturelle.
Les deux présidents ont convenu de tenir prochainement la deuxième session de la Grande Commission mixte de coopération Bénin-Mali. La sécurité a également occupé une place importante, avec la nécessité de coordonner les actions contre le terrorisme. Les étapes de Dakar et Bissau s’inscrivaient, elles aussi, dans une logique de rapprochement avec des pays importants de l’espace ouest-africain.
6. Bruxelles : élargir la diplomatie aux investissements européens
Le 24 juin, Romuald Wadagni a donné une dimension supplémentaire à cette offensive diplomatique en se rendant à Bruxelles, pour une première visite de travail en Europe depuis son accession à la présidence. Au siège de l’Union européenne, il a rencontré le président du Conseil européen, António Costa, ainsi que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Avec Ursula von der Leyen, les discussions ont porté sur le renforcement du partenariat entre le Bénin et l’Union européenne. Au-delà des relations politiques, l’objectif affiché était de donner davantage de contenu économique à cette coopération. Plusieurs secteurs ont été mis en avant, notamment la transformation économique, l’industrialisation, les infrastructures, l’agriculture, la sécurité et le développement du nord du Bénin.
La coopération avec l’Union européenne doit notamment contribuer à accompagner les investissements dans les infrastructures et les chaînes de valeur agricoles. Le Port de Cotonou et la transformation industrielle du pays occupent une place importante dans cette stratégie. La question du financement a également été centrale. Bruxelles entend favoriser la mobilisation de capitaux privés pour accompagner des projets durables, notamment dans les énergies renouvelables, les transports et l’agriculture durable, à travers des mécanismes européens de financement.
La sécurité du nord du Bénin figure également parmi les préoccupations communes. Pour Cotonou, l'enjeu consiste à articuler développement économique et stabilisation des territoires confrontés aux menaces sécuritaires. Cette visite à Bruxelles marque donc une évolution dans la diplomatie de Wadagni. Après avoir commencé par consolider les relations avec les voisins immédiats, le président cherche à mobiliser les partenaires internationaux autour des priorités économiques du Bénin.
7. Nouakchott : une autre porte vers le Sahel
Le 6 juillet, Wadagni a prolongé cette offensive diplomatique en se rendant à Nouakchott, en Mauritanie, à l’invitation de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Avec le président mauritanien, il a passé en revue l’état de la coopération entre les deux pays et affiché la volonté de lui donner un nouvel élan. Les discussions ont porté sur la coopération économique, la connectivité, la sécurité et l’intégration régionale.
Les deux dirigeants ont également convenu de maintenir un dialogue régulier sur les questions de paix, de stabilité et de développement du continent. Nouakchott élargit ainsi le périmètre de la diplomatie béninoise : Cotonou cherche à multiplier ses points d’appui dans l’espace ouest-africain et à dialoguer aussi bien avec les pays côtiers qu’avec ceux du Sahel.
Une diplomatie à convertir en résultats
En une centaine de jours, Romuald Wadagni a donc rencontré plusieurs des principaux dirigeants de l’Afrique de l’Ouest et engagé un premier dialogue de haut niveau avec l’Union européenne. Mais l’intérêt de cette séquence ne se mesure pas seulement au nombre de déplacements. À Niamey, il faudra voir si la dynamique engagée débouche réellement sur la réouverture de la frontière.
Après les poignées de main et les communiqués, les premières lignes de la diplomatie du dauphin et successeur de Patrice Talon offrent plusieurs chantiers et questions d'enjeux à suivre de près: réouverture de frontières, normalisation de relations, renforcement de coopération, multiplication des investissements... Prochain chapitre pour l'An 1.
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