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Burkina Faso : « envahisseurs », « colonisateurs », « espions »… comprendre la réforme des manuels d'histoire

Burkina Faso : « envahisseurs », « colonisateurs », « espions »… comprendre la réforme des manuels d'histoire

Au Burkina Faso, les mots de la colonisation sont dans le viseur des autorités éducatives. Depuis la rentrée scolaire d’octobre 2026, le pays a engagé une révision des programmes d’histoire, de géographie et d’instruction civique. « Colonisateur » devient « envahisseur », « explorateur » se transforme en « espion ». Derrière ce changement de vocabulaire, Ouagadougou affiche une ambition de décoloniser les savoirs enseignés aux élèves.

Au Burkina Faso, les mots de la colonisation sont dans le viseur des autorités éducatives. Depuis la rentrée scolaire d’octobre 2026, le pays a engagé une révision des programmes d’histoire, de géographie et d’instruction civique. « Colonisateur » devient « envahisseur », « explorateur » se transforme en « espion ». Derrière ce changement de vocabulaire, Ouagadougou affiche une ambition de décoloniser les savoirs enseignés aux élèves.

Des élèves dans une salle de classe au Burkina Faso (Source : Page Facebook UNICEF)

Des élèves dans une salle de classe au Burkina Faso (Source : Page Facebook UNICEF)

Un mot peut raconter une histoire. Mais il peut aussi en masquer une partie. Au Burkina Faso, les autorités veulent revoir les termes utilisés dans les salles de classe pour raconter la colonisation et l’histoire du continent africain. L’objectif affiché est de rompre avec des expressions jugées héritées d’une lecture coloniale de l’histoire. Selon BBC Afrique, cette réforme concerne les programmes d’histoire, de géographie et d’instruction civique. Au total, 27 termes et expressions historiques sont concernés.

 

De l’« explorateur » à l’« espion »

 

Le changement le plus frappant concerne les mots employés pour désigner les acteurs de la conquête coloniale. Le terme « colonisateur » doit céder la place à « envahisseur », tandis qu’« explorateur » est remplacé par « espion ». L’expression « colonies » doit, elle aussi, laisser place à « territoires envahis ». Pour les autorités burkinabè, il ne s’agit pas d’un simple exercice de vocabulaire. Le choix des mots participe à la manière dont les élèves comprennent le passé et interprètent les rapports de domination.

 

Le ministre de l’Enseignement secondaire, de la Formation professionnelle et technique, Moumouni Zoungrana, a défendu cette orientation dans des propos rapportés par APA News. « Ceux qui sont venus conquérir l’Afrique, on les appelle des explorateurs, des conquérants. Est-ce que c’étaient des conquérants ? C’étaient des espions. […] C’étaient des envahisseurs », a-t-il déclaré. Le ministre entend ainsi « extirper les mots qui sont en train de nous infantiliser, de nous animaliser », selon la même source.

 

Plus qu’une affaire de mots

 

La réforme ne s’arrête pas aux appellations. Elle prévoit aussi de revoir certains contenus historiques et géographiques. Des chapitres doivent être retirés, d’autres ajoutés, notamment sur la Confédération des États du Sahel, les révolutions au Burkina Faso, la révolution haïtienne et les savoir-faire africains.

 

La nouvelle orientation entend également mettre davantage l’accent sur les ressources naturelles du pays et sur ce que les autorités présentent comme leur exploitation par des acteurs étrangers. Certaines expressions, comme « pays pauvre » ou « pays endetté », doivent par ailleurs disparaître du vocabulaire enseigné.

 

 Dans un entretien accordé à Deutsche Welle, le politologue Paul Amegakpo estime que « les mots justes n’ont pas été posés sur les réalités historiques » africaines. Il appelle ainsi à « rétablir la vérité historique » en mobilisant des intellectuels et des personnes ressources du continent. 

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