Léonce Gamaï, journaliste, expert media et manager général de Banouto
Les fausses nouvelles ''tuent''. Au Bénin, le phénomène a pris une ampleur inquiétante au regard de sa propagation ces dix dernières années. Le Centre pour la démocratie et le developpement (Cdd West Africa), basé à Abuja au Nigeria, a initié une serie d'études sur la problématique dans les pays de la Cedeao.Dans chaque pays, le centre a sélectionné un expert chercheur pour mener l'étude. Celle du Bénin a été réalisée par Léonce Gamaï, journaliste, expert média, gestionnaire de projet et manager général du groupe de presse Banouto. Intitulé "L'écosystème des fausses nouvelles au Bénin: une vue d'ensemble", le rapport de son étude a été publiée par le CDD West Africa mi-mars 2022 (Cliquer ici pour télécharger l'intégralité).
Selon les résultats de son étude, la flambée de la circulation des fausses informations a coïncidé avec l'augmentation du taux de pénétration de l'internet, la croissance du parc internet mobile et l'émergence des réseaux sociaux. L'étude de cet expert béninois a abordé des questions comme les effets de la démocratisation de l'internet et des smartphones sur l'écosystème de l'information au Bénin, la production et la propagation des infox, les principaux acteurs impliqués, l'ampleur de leur conséquence sur l'ordre social et politique, l'impact sur le genre et les réponses locales au problème.
« L'information n'est plus totalement ce qu'elle fût avant la popularisation de l'internet et des réseaux sociaux. Sa durée de vie, sa diffusion et même sa production ont été bouleversées par l'émergence de l'internet et des réseaux sociaux», relève l'expert chercheur sur les fake news dans son rapport.
Léonce Gamaï a fait remarquer dans son étude que les médias traditionnels, avec l'avènement des fausses nouvelles n'ont plus d'exclusivité de la production et de la circulation de l'information et de la médiatisation des faits dans la société béninoise.
« Les journalistes et autres professionnels des médias et les organes de presse sont fortement concurrencés et bousculés dans leur zone de confort par l'avènement de nouveaux acteurs de l'information en ligne. Ces nouveaux acteurs sont notamment les web activistes, les individus médias, les intellectuels influenceurs et les relayeurs dont l'influence en ligne peut avoir des échos hors ligne», fait-il constater.
Origine et canaux de diffusion des fausses nouvelles
L'étude de l'expert Léonce Gamaï a révélé que les infox foisonnent beaucoup plus en période électorale, en période de tension et de crises sanitaire, sociaux politiques et sécuritaires.Leur production et diffusion, selon l'étude, s'inscrivent dans la bataille autour du pouvoir politique, l'expression d'une panique collective face à une crise ou à une situation extraordinaire, l'expression d'une résistance quasi collective ou d'une large partie de l'opinion à une action publique.
Autrement, l'initiation et la diffusion des infox sont l'œuvre des milieux politiques des utilisateurs des réseaux sociaux ainsi que de citoyens non présents en ligne. Les fausses nouvelles ou infox circulent majoritairement par deux canaux que sont les réseaux sociaux et de bouche à oreille.
Si les données collectées lors de l'étude ne permettent pas de mettre en évidence le rôle d'organisation étrangère dans la production et la diffusion des fake news à destination spécifique au Bénin, il est certain que peu importe la logique ou les acteurs ou le canal, les infox sont des sources de menaces potentielles et permanentes pour l'ordre socio politique.
Quelques effets des fausses nouvelles et les moyens de lutte
Selon l'étude, les soulèvements meurtriers de mai 2019 à Cotonou ont été provoqués par une rumeur et des contenus mensongers diffusés par les réseaux sociaux. La campagne de vaccination contre la COVID-19 a été affaiblie par les fausses nouvelles qui circulent non seulement sur les réseaux sociaux mais aussi hors ligne de bouche à oreille.
Deux moyens sont majoritairement utilisés au Bénin dans la lutte contre le phénomène. L'étude parle de la répression et du fact-checking. Elle a reconnu sur le premier aspect que le droit béninois n'est pas muet sur la question mais, il se pose un problème autour du champ d'application des dispositions répressives d'une loi comme le code du numérique.
En ce qui concerne le fact-checking porté par des professionnels des médias et des acteurs de la société civile, il a contribué à atténuer l'ampleur de la circulation des infox en ligne. L'étude souligne aussi que les journalistes et autres professionnels des médias constituent le rempart contre les fake News, d'où la necessité de renforcer leur protection juridique.
Le centre de démocratie et de développement (CDD) a été créé au Royaume Unis en 1997 et enregistré au Nigeria en 1999. C'est une organisation indépendante à but non lucratif, de formation à la recherche de plaidoyer et de renforcement des capacités.
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