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Depuis plusieurs jours, la réforme du permis de conduire nourrit les discussions au Bénin. Sur les réseaux sociaux comme dans les auto-écoles, les interrogations portent autant sur les nouvelles conditions d'obtention du précieux document que sur leurs conséquences financières. Pour l'Agence nationale des transports terrestres (ANaTT), le nouvel arrêté n'a pourtant qu'un objectif : moderniser un dispositif devenu inadapté.
« Le nouvel arrêté précise la durée de formation théorique et pratique, ce qui n'existait pas dans l'ancien arrêté », explique Auguste José-Marie Adjovi, Directeur des études, de la réglementation et du contrôle (DERC) à l'ANaTT, dans un entretien accordé à Banouto.
1- Un changement de philosophie
L'arrêté de 2015 encadrait les conditions d'obtention du permis sans fixer un volume minimal de formation théorique et pratique. Selon l'ANaTT, cette absence de référence ouvrait la voie à des pratiques différentes selon les établissements de formation au permis de conduire encore appelés auto-écoles.
Le nouvel arrêté corrige cette situation. Son article 6 impose désormais un passage obligatoire par un cycle complet comprenant le nombre d’heures de cours théoriques et de pratique de base à la conduite avant toute inscription à l'examen théorique. « La phase théorique consacrée à l’examen du code se déroule à l’aide d’un support numérique (smartphone ) après que le candidat ait suivi au moins 60 heures de cours de code et 30 heures de cours pratique », précise l’article.
Selon Auguste José-Marie Adjovi, cette précision permet d'éviter les disparités observées jusque-là. « Certaines auto-écoles formaient en dessous du nombre d'heures de formation, d'autres au-dessus », souligne-t-il.
Autre rupture avec l'ancien texte : la séparation claire entre les deux étapes de l'évaluation. Désormais, le candidat doit réussir l'examen théorique organisé sur support numérique après avoir suivi 60 heures de cours de code e 30 heures de cours pratique. Il doit avoir une note minimale de 14/20 avant de poursuivre son parcours grâce à une attestation de succès.
Selon l’article 8 du nouvel arrêté, « l’obtention du succès à l’examen théorique donne droit à une attestation de succès au code du permis de conduire. Ce titre provisoire permet à l’apprenant de poursuivre et d’affiner les cours pratiques dans un établissement d’enseignement de la conduire automobile (auto-école) sur une période déterminée avant son admission à la phase pratique du permis de conduire ».
2- De nouvelles catégories de permis de conduire
Le nouvel arrêté élargit également les catégories de permis. Le texte de 2015 instituait que 10 catégories de permis de conduire et ne prenait pas en compte certains types de véhicules désormais présents sur les routes béninoises. Le nouveau dispositif crée en plus le permis B1, destiné aux conducteurs de tricycles et de quadricycles à moteur, notamment les « cloboto », ainsi que le permis BEA, réservé aux véhicules équipés d'une boîte de vitesses automatique. « L'introduction de deux nouvelles catégories répond aux réalités actuelles », résume le DERC de l'ANaTT.
Le texte modifie aussi les conditions d'accès pour les plus jeunes. Avec une autorisation parentale, un adolescent de 17 ans révolus peut désormais se présenter à l'examen du permis de conduire. Avec le nouvel arrêté, les jeunes de 16 ans peuvent obtenir le permis A2, leur permettant de conduire des motos d'une cylindrée comprise entre 75 et 400 cm³. Ce qui n’était pas le cas avec l’arrêté de novembre 2015.
3- Deux parcours pour accéder à la conduite
L'article 9 du nouvel arrêté introduit une autre innovation majeure : deux parcours distincts avant l'épreuve pratique. Le premier, dit standard, impose une formation pratique d'au moins six mois. Le second, qualifié d'accéléré, permet d'écourter ce délai à condition de justifier 120 heures de conduite effective, incluant les 30 heures de pratique de base.
L’article 9 dispose que « le candidat ayant réussi la phase théorique peut se présenter à l'épreuve pratique du permis de conduire après avoir suivi une formation pratique d'une durée minimale de six (6) mois ou totalisant au moins cent vingt (120) heures de conduite effective ». Le même article précise que « La réalisation des 120 heures doit être dûment attestée par le livret d'apprentissage et la fiche de suivi délivrés par l'auto-école, présentés lors de l'examen pratique. »
Cette formation pratique doit se faire selon des exigences précises. C’est l’article 21 qui donne les nouvelles exigences. « La phase pratique exige en dehors de la conduite sur les aires de conduite, la circulation en milieu urbain et la conduite hors agglomération sur les routes nationales et inter-Etats autour de la commune du déroulement de l'examen », indique l’article.
Pour l'ANaTT, il ne s'agit pas de deux niveaux de permis, mais de deux modes d'apprentissage poursuivant le même objectif. « Dans les deux cas, l'objectif est le même : présenter à l'examen pratique un candidat disposant non seulement des compétences techniques, mais aussi de l'expérience et du jugement nécessaires pour une conduite autonome et responsable », insiste Auguste José-Marie Adjovi.
3- Pas de hausse des frais, selon l'ANaTT
Dans l’opinion, la réforme du permis de conduire a suscité une vive polémique notamment en raison des incidences financières qu’elle pourrait engendrer. Plusieurs personnes s’insurgent contre une potentielle augmentation des frais de formation au permis de conduire qui pourraient aller jusqu’à 600 000 FCFA, voire plus. Une estimation qui trouve son origine dans document non certifié de la Fédération des auto-écoles agréées du Bénin (FAAB).
Une chose est sûre, assure l'Association des Auto-Écoles Agréées de l'Atlantique (4A), les frais de formation au permis de conduire n'ont pas encore augmenté, les nouvelles dispositions réglementaires n'étant pas encore applicables. « Les nouvelles dispositions [...] ne sont pas encore entrées en application », précise l'association dans un communiqué publié le 16 juillet 2026. Pour l’heure, rappelle l’association, les auto-écoles continuent de former les candidats selon la réglementation de 2015 avec des tarifs compris entre « 100 000 et 150 000 FCFA ».
Mais, souligne le communiqué, le volume minimal de conduite pratique de 15 à 120 heures instauré par la réforme, va induire une hausse des coûts d'exploitation. « Ces nouvelles obligations auront inévitablement une incidence sur le coût réel de la formation », prévient l'association dirigée par Cyr Adjiboye Houindo.
Par ailleurs, ajoute le président de l'Association des Auto-Écoles Agréées de l'Atlantique (4A), s’il doit y avoir une hausse des frais de formation au permis de conduire, cette hausse « résultera directement de l'application des dispositions réglementaires et non d'une décision discrétionnaire des établissements de formation ».
Dans l'entretien accordé à Banouto, l'ANaTT a également assuré que la réforme n'induit pas pas de nouveaux frais. « Contrairement aux rumeurs qui circulent, le nouvel arrêté n'entraîne pas une augmentation du coût de la formation en auto-école », affirme Auguste José-Marie Adjovi. Selon lui, le texte « n'augmente pas le nombre d'heures de formation supervisée en auto-école et ne prévoit aucune disposition imposant une hausse des frais de formation ».
Au-delà des changements techniques, les autorités veulent surtout harmoniser les pratiques des auto-écoles, mieux préparer les candidats aux réalités de la circulation et renforcer la crédibilité du permis de conduire béninois. Une réforme qui marque une évolution importante par rapport au dispositif de 2015 et qui, selon l'ANaTT, place davantage l'accent sur la qualité de la formation que sur le simple accès au permis.
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