Les participants à l'atelier de formation. Photo : Banouto
Une trentaine de représentants d'OSC aguerris sur les campagnes de plaidoyer en faveur du rôle des femmes en tant qu'artisanes de la paix et du changement au Bénin. C'était à travers un atelier de formation organisé, du 16 au 18 septembre 2026, par la Fundación para la Internacionalización de las Administraciones Públicas (FIAP) en collaboration avec le groupe BANOUTO. Cette formation a été initiée dans le cadre de la mise en œuvre du Projet de Soutien de l'Union européenne à la CEDEAO en matière de paix, de sécurité et de gouvernance (EPSG) – Bénin.
L'atelier a réuni 30 participants, dont 20 femmes et 10 hommes, issus notamment d'organisations de la société civile, de structures communautaires et d'initiatives engagées dans la promotion des droits des femmes, de la paix, de la cohésion sociale et de la gouvernance. L'objectif de la rencontre est de renforcer les capacités des participants à concevoir des campagnes de plaidoyer responsables sur les réseaux sociaux en faveur du rôle, de la participation et du leadership des femmes en tant qu'artisanes de la paix et actrices du changement au Bénin.
Gérant du groupe Banouto, Léonce Gamaï Davodoun a justifié le bien-fondé de cette formation à l'endroit des organisations de la société civile. Selon lui, le Bénin évolue dans un environnement où les questions de paix, de sécurité, de cohésion sociale et de gouvernance inclusive sont liées aux transformations politiques, sociales et numériques. La circulation rapide de l'information sur les plateformes numériques, la désinformation, les discours de haine et les nouvelles formes de violences en ligne, a-t-il souligné, peuvent affecter la qualité du débat public et contribuer à alimenter les tensions.
Dans ce contexte, le gérant de Banouto a estimé que le renforcement des capacités des acteurs de la société civile constitue un levier important pour favoriser un dialogue constructif, une participation citoyenne responsable et des initiatives en faveur de la paix.
Rôle des femmes et apport des réseaux sociaux à une campagne de plaidoyer
L'atelier s'intéresse ainsi au plaidoyer digital, à la sécurité numérique et aux droits des femmes. Léonce Gamaï Davodoun a indiqué que la question de la participation des femmes constitue également un enjeu central. Il déplore que, malgré le renforcement du cadre juridique de promotion et de protection des droits des femmes, leur représentation dans les espaces de décision demeure limitée. Le 1er responsable de Banouto a rappelé que la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies reconnaît le rôle essentiel des femmes dans la prévention des conflits, la consolidation de la paix et la prise de décision.
Pour amplifier les voix des femmes, mobiliser les citoyens et porter des campagnes de plaidoyer sur des enjeux d'intérêt public, FIAP et BANOUTO proposent aux participants d'explorer les possibilités qu'offrent les réseaux sociaux. Mais ce recours aux réseaux sociaux n'est pas sans conséquences, a souligné le gérant du groupe Banouto. Selon lui, l'utilisation des réseaux sociaux comporte des risques : « désinformation, discours de haine, violences en ligne et usage abusif de l'intelligence artificielle ». Léonce Gamaï Davodoun a expliqué que la formation vise a sensibiliser les participants au rôle des femmes dans la promotion de la paix et du changement, aux fondamentaux du plaidoyer et à la communication responsable dans l'espace numérique.
Processus du plaidoyer et engagement des actions à mener
Facilitatrice principale de l'atelier, Miguelle Houéto, juriste, spécialiste des questions de genre, d'inclusion et de droits humains, a exposé la teneur des communications présentées. Selon elle, l'atelier a consisté à réfléchir sur des questions touchant à la contribution des femmes, à la paix et à la sécurité dans le pays. « Nous avons exploré les différents défis auxquels les femmes et les filles sont confrontées dans le pays, en lien avec la jouissance de leurs droits. Cela a permis, par la suite, d'engager les participants sur la voie du plaidoyer », a-t-elle fait savoir.
Ainsi, la facilitatrice a abordé le processus de plaidoyer, notamment les objectifs, les cibles et la formulation des messages d'un plaidoyer, de sorte à avoir un impact véritable. Elle s'est réjouie qu'au terme des trois jours de formation, des plans d'action aient été formulés sur les thématiques phares identifiées lors des travaux. Ces thématiques se résument, entre autres, à l'addiction des jeunes aux substances psychotropes et à la dépression post-partum que vivent certaines femmes. Plusieurs autres thématiques ont retenu l'attention des participants, qui se sont positionnés sur ces sujets d'intérêt.
Miguelle Houéto a dit sa satisfaction de l'engagement des représentants des OSC. « Je reste persuadée que, dans les semaines à venir, ces organisations vont mener des actions de plaidoyer, des actions de visibilité, pour que ces sujets d'intérêt général puissent être mieux débattus dans l'espace public et, pourquoi pas, susciter l'action des décideurs », a-t-elle assuré. La facilitatrice espère également que ces actions à venir feront prendre conscience à chacun et à chacune de la nécessité de s'engager, mais aussi de contribuer à combattre ou à faire reculer ces différents phénomènes. Elle a exprimé sa reconnaissance à FIAP et BANOUTO pour avoir été choisie pour faciliter la formation durant les trois jours.
Communication responsable dans l'espace numérique
Les participants à cet atelier de formation ont bénéficié d'une présentation sur la « Communication responsable dans l'espace numérique ». Cette communication a été présentée par le deuxième facilitateur, Olivier Ribouis. Formateur en lutte contre les désordres de l'information, il a entretenu les participants sur le phénomène de la désinformation, qu'il a qualifié de « véritable préoccupation dans l'espace numérique béninois ». L'expert a également évoqué les discours de haine qui, selon lui, apparaissent de plus en plus dans l'espace numérique, sur un certain nombre de thématiques sensibles. Olivier Ribouis a partagé des astuces avec ces représentants d'OSC sur l'usage responsable de l'intelligence artificielle.
À travers sa communication interactive et basée sur des faits que les participants ont l'habitude de voir sur les différentes plateformes, Olivier Ribouis les a guidés à relever, de façon participative, les éléments constitutifs de désinformation. Il a aussi évoqué des notions connexes, à savoir la mésinformation, la malinformation et leurs différentes manifestations. « De cette réalité, nous avons pu relever des éléments constitutifs de discours de haine pour que chacun puisse se rendre compte de la gravité de la situation et voir ce qui est à éviter dans leur communication en ligne », a rappelé le facilitateur.
L'expert a partagé avec les bénéficiaires de cette formation les bonnes attitudes à avoir en ligne lorsqu'on rencontre un contenu de désinformation : comment reconnaître un contenu de désinformation, comment éviter de le propager et comment contribuer à déconstruire ce contenu. Toutes ces différentes phases ont été débattues lors de la formation pour permettre aux participants de mieux s'approprier ces notions.
Les engagements des participants
Emmanuel Houssougbéto, représentant de la Croix-Rouge, unité locale de Cotonou Marina, se dit satisfait au terme des trois jours de formation. « Je ressors de cette formation aguerri. Je pense avoir reçu toutes les notions nécessaires pour pouvoir rédiger un plan de plaidoyer pour une cause bien déterminée », s'est-il réjoui. Plusieurs thématiques ont été identifiées et étudiées au cours des séances de travail afin de mettre en pratique de façon instantanée les acquis de la formation. Le juriste compte partager aussi les acquis avec les membres de son organisation et ses communautés digitales. Il entend commencer par une restitution et poursuivre avec des publications.
À sa suite, Vanessa Sèhounko, représentante de l'ONG Élites Atacora, a confié avoir retenu que la femme est non seulement actrice de développement et de changement social, mais aussi une artisane de paix. Selon elle, après cette formation, tout projet de plaidoyer en faveur du rôle de la femme en tant que levier de la paix ne doit plus rencontrer de difficultés dans son élaboration. Elle a indiqué avoir désormais les prérequis nécessaires pour mener ces projets à bien et accompagner sa communauté, afin que la place de la femme lui revienne dans la société en général et dans les instances de décision en particulier.
« Les plaidoyers que nous devons dérouler doivent atteindre les décideurs qui pourront changer les choses et impulser l'amélioration d'une communauté donnée. Nous devons donc avoir des objectifs SMART, des cibles adéquates, et faire une campagne avec des messages clés sur les plateformes digitales afin de susciter l'adhésion d'un grand nombre », a-t-elle poursuivi.
Houéfa Nadège Doha, coordonnatrice de projet du Réseau des jeunes béninois de la diaspora (RJBD), de son côté, a fait part des enseignements reçus sur les contenus à publier. « Comment publier ? Quel contenu publier pour atteindre sa cible ? Comment utiliser les réseaux sociaux pour faire porter sa voix ? » ont été, selon elle, les questions débattues, dont les réponses ont permis de renforcer les acquis des participants.
« Nous avons été mis dans des situations pratiques qui nous ont permis de mettre en œuvre nos acquis. J'avoue que c'est ce qui m'a le plus marquée. Finir une formation et se mettre en situations pratiques en même temps, c'est intéressant », a témoigné la coordonnatrice. Elle a confié que cette méthode a permis aux participants de poser des questions et de combler les insuffisances qu'il pouvait y avoir. Selon elle, FIAP et BANOUTO ont formé de « vrais acteurs » des campagnes de plaidoyer en faveur des femmes. Elle a exprimé sa reconnaissance pour cette opportunité de formation.
Le projet EPSG, mis en œuvre par FIAP-BANOUTO, est une initiative multibailleur cofinancée par l'Union Européenne (UE), le Ministère Fédéral Allemand de la Coopération Économique et du Développement (BMZ) et le Ministère Danois des Affaires Étrangères (MOFA). La FIAP met actuellement en œuvre la composante 3 du projet EPSG en Afrique de l'Ouest, en partenariat avec la GIZ (Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit), avec un accent particulier sur le renforcement des processus électoraux, la prévention des violences électorales et la lutte contre la désinformation, la mésinformation et les discours de haine.
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