Ousmane Sonko, Premier ministre du Sénégal
Le ton était ferme mais calme, jeudi 12 mars 2026, lors d’un point de presse consacré à la renégociation des contrats stratégiques. Le Premier ministre Ousmane Sonko a exposé les conclusions des travaux engagés par le gouvernement sur plusieurs conventions signées dans des secteurs jugés essentiels, notamment les mines. Ces contrats ont été signés, selon le Premier ministre, lors de la période dite critique (campagne de l’élection présidentielle 2024 et après les résultats).
Selon le chef du gouvernement, à l’arrivée au pouvoir du régime Faye, un comité technique mis en place par l’exécutif s’est d’abord penché sur l’examen détaillé des contrats conclus avec différentes entreprises opérant dans l’exploitation minière. Parmi celles-ci figurent notamment Industries chimiques du Sénégal, spécialisée dans l’exploitation des phosphates, ainsi que Indorama.
Le travail du comité a consisté à examiner les modalités d’exécution des contrats, à identifier les éventuels manquements et à mesurer leurs conséquences financières pour l’État. « Les constats établis montrent que, durant toute la période couverte par ce contrat, le Sénégal a été gravement lésé. Le manque à gagner a été estimé à 1 075,9 milliards de FCFA », a déclaré Ousmane Sonko.
Des exonérations et des taxes non acquittées
Le rapport présenté à la presse met en lumière plusieurs irrégularités dans l’exécution de ces conventions. Parmi les principaux points relevés figurent le non-paiement de certaines taxes et redevances, ainsi que l’octroi d’exonérations fiscales considérées comme non conformes aux bases légales.
Dans le secteur du ciment, les pertes enregistrées par l’État ont été détaillées par la commission chargée de la renégociation. Le manque à gagner global s’élève à 418 milliards de francs CFA.
La répartition communiquée lors du point de presse fait état de « 160 milliards FCFA pour la première cimenterie ; 148 milliards FCFA pour la seconde ; 63 milliards FCFA pour la troisième ; 47 milliards FCFA pour la quatrième ». « Pour pratiquement les mêmes raisons : non-paiement des taxes de redevance et avantages fiscaux alloués dans des conditions similaires », a fustigé le chef du gouvernement.
Pour corriger ces déséquilibres, l’exécutif a décidé de procéder à un « réalignement immédiat de ces entreprises sur le régime fiscal de droit commun ». Selon les estimations avancées, la suppression de ces exonérations pourrait générer près de 360 milliards de francs CFA de recettes supplémentaires chaque année.
Le gouvernement entend reprendre le contrôle des actifs liés au secteur phosphatier et revoir les mécanismes d’exploitation afin que ces ressources profitent davantage à l’économie nationale, en particulier à l’agriculture. Dans cette dynamique, l’exécutif a annoncé sa décision de ne pas renouveler certaines concessions minières prévues dans les conventions d’établissement relatives à l’industrie.
Des blocs gaziers et pétroliers résiliés
Ousmane Sonko a également évoqué plusieurs décisions concernant les blocs pétroliers et gaziers. Selon lui, plusieurs concessions ont été résiliées depuis l’arrivée des nouvelles autorités. Parmi les blocs concernés figurent Diender, Djifer Offshore, Cayar Offshore profond, Cayar Offshore peu profond, Saint-Louis Offshore peu profond ainsi que Rufisque Offshore. « Tous ces blocs ont été résiliés depuis que nous sommes là », a affirmé le chef du gouvernement.
Le Premier ministre a aussi annoncé la reprise par l’État du bloc gazier Yakaar-Teranga, qu’il présente comme un gisement « 100 % sénégalais » et « particulièrement prometteur ». L’opération, selon lui, devrait être finalisée dans les prochains jours et « sans coût pour le Sénégal ».
Des gains attendus dans le gaz et l’électricité
L’intervention du chef du gouvernement a également porté sur le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim. L’État sénégalais souhaite que ce projet contribue davantage à l’approvisionnement du marché local. Selon les estimations présentées, cette initiative pourrait générer un gain projeté de 940 milliards de francs CFA sur la période 2025-2040, en plus de recettes fiscales évaluées à 1 090 milliards de francs CFA.
Le secteur de l’électricité a lui aussi fait l’objet de renégociations contractuelles. Le gouvernement affirme y avoir obtenu des économies substantielles. « La renégociation des contrats, notamment avec AEE Power et Sagemcom, a permis au Sénégal de réaliser 11 milliards 588 millions de francs CFA d’économies et d’électrifier 534 localités supplémentaires », a indiqué Ousmane Sonko.
Le Premier ministre a également évoqué des pratiques observées dans certains contrats antérieurs, citant notamment des cas de surfacturation et de surcoûts. Selon lui, les résultats issus de la renégociation donnent un aperçu des pertes financières qu’aurait subies l’État dans plusieurs secteurs stratégiques.
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