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Lutte antiterroriste en Afrique de l’Ouest: en opération de déminage dans l’AES, les Etats-Unis prêchent la coopération militaire régionale

Lutte antiterroriste en Afrique de l’Ouest: en opération de déminage dans l’AES, les Etats-Unis prêchent la coopération militaire régionale

Sans jouer les médiateurs, les États-Unis exhortent les pays de l’AES à coopérer en matière de sécurité avec leurs voisins ouest-africains pour faire face à l’hydre terroriste. Dans un entretien exclusif accordé à Banouto, Will Stevens, sous-secrétaire d’État adjoint pour l’Afrique de l’Ouest et envoyé spécial pour le Sahel, a confié avoir fait de cette exhortation l’un des messages phares de sa tournée au Burkina Faso, au Niger et au Bénin, fin mai et début juin 2025. Ses visites visaient aussi à rétablir un début de confiance avec Niamey et Ouaga.

Sans jouer les médiateurs, les États-Unis exhortent les pays de l’AES à coopérer en matière de sécurité avec leurs voisins ouest-africains pour faire face à l’hydre terroriste. Dans un entretien exclusif accordé à Banouto, Will Stevens, sous-secrétaire d’État adjoint pour l’Afrique de l’Ouest et envoyé spécial pour le Sahel, a confié avoir fait de cette exhortation l’un des messages phares de sa tournée au Burkina Faso, au Niger et au Bénin, fin mai et début juin 2025. Ses visites visaient aussi à rétablir un début de confiance avec Niamey et Ouaga.

Le diplomate Will Stevens (en costume) ici en audience chez le ministre burkinabé des affaires étrangères, début Juin 2025 à Ouagadougou

Le diplomate Will Stevens (en costume) ici en audience chez le ministre burkinabé des affaires étrangères, début Juin 2025 à Ouagadougou

Les relations entre le Niger et les Etats-Unis sont comme en revitalisation. Elles avaient été minées après le coup d’Etat de juillet 2023. En octobre 2023, à la suite du reversement de Mohamed Bazoum, Washington annonçait la suspension de la majeure partie de son aide au Niger pour ne maintenir que l’assistance humanitaire. Quelques mois plus tard, c’était au tour de la junte dirigé par Tiani de sortir ses muscles. En mars 2024, les autorités nigériennes ont dénoncé l’accord de coopération militaire avec les Etats-Unis, demandé et obtenu courant le retrait des troupes américaines du pays.  

 

Les actes de revitalisation de la coopération entre les deux parties se sont enchainés au cours du deuxième trimestre 2025. Début mai, c’est le nouvel ambassadeur des Etats-Unis au Niger qui présentait officiellement ses lettres de créances au chef d’Etat nigérien, le général Tiani.

 

« Les États-Unis et le Niger partagent des intérêts communs qui soutiennent la sécurité de nos citoyens, la stabilité et le développement de la région du Sahel, ainsi que la croissance des échanges et des investissements bilatéraux », avait déclaré l’Ambassadeur Kathleen FitzGibbon dans un communiqué de presse de l’ambassade des USA à Niamey. « Le Niger demeure un partenaire des États-Unis dans la stabilité régionale et la lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest », a ajouté l’ambassade dans son communiqué.

 

Quelques semaines plus tard, soit fin mai, Will Stevens, Sous-secrétaire d’Etat adjoint américain pour l’Afrique de l’Ouest et envoyé spécial pour le Sahel effectue une visite au Niger, dans le cadre de sa tournée ouest-africaine. La tournée du haut diplomate américain l’a conduit au Burkina Faso avant de s’achever par le Bénin début juin. Dans les deux pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), Will Stevens était comme en opération de déminage.

 

« Il y a de vrais défis de confiance à relever. Je me suis demandé comment nous pouvions essayer de rétablir progressivement certains éléments fondamentaux de nos relations. Il était utile de leur rendre visite et d'entendre ce qu'ils avaient à dire », a confié le diplomate américain dans un entretien exclusif avec Banouto à la fin de sa visite au Bénin.

 

Will Stevens estime que l’avènement d’une nouvelle administration (Trump) au Etats-Unis, permet d’essayer ‘’une approche progressive’’ des relations et de les considérer sous ‘’un nouvel angle’’.

 

« Nous voulons travailler ensemble avec le Burkina Faso pour bâtir une relation pragmatique, fondée sur le respect mutuel et la souveraineté de chaque pays », déclarait Will Stevens quelques jours plus tôt au Burkina Faso à l’issue d’une audience avec le ministre Burkinabè des affaires étrangères.

 

Face à des régimes militaires sahéliens, arrivés au pouvoir par coup d’Etat et qui ont mis entre parenthèse la démocratie électorale, les Etats-Unis se veulent « pragmatiques », afin de concilier leur soutien à la souveraineté et à la stabilité avec leur engagement en faveur des principes démocratiques.

 

« Le président Trump a clairement indiqué que nous n'avons pas vocation à donner des leçons. La diplomatie de la carte de pointage, où nous vérifions, mesurons et évaluons les pays, n'est pas quelque chose que nous allons faire », explique Will Stevens dans son entretien à Banouto.

 

« C'est aux peuples des pays de décider de comment ils veulent être gouvernés. Mais cela ne signifie pas que nous (Etats-Unis) renonçons à notre engagement et à notre conviction que la démocratie est une bonne chose. Nous pensons que les États-Unis sont formidables parce que nous sommes un pays démocratique », assure-t-il.  « Nous sommes attachés à ce modèle, mais nous n'avons pas l'intention de faire des reproches aux pays sur la manière dont ils doivent se gouverner. Je pense que les États-Unis feront preuve de beaucoup de pragmatisme », insiste le diplomate.

 

Coopérer ou subir

 

La sécurité, notamment la lutte contre le terrorisme est l’un des domaines de la revitalisation des relations des Etats-Unis avec les pays de l’AES. En la matière, Washington prêche la nécessaire coopération militaire entre pays ouest-africains. 

 

« L'un des messages que je leur ai transmis (au Burkina Faso et au Niger) est que la menace terroriste au Sahel n'est pas spécifique à l'AES. Et s’ils veulent y faire face, ils devraient travailler avec leurs partenaires dans les pays voisins », a rapporté à Banouto le sous-secrétaire d’Etat adjoint américain pour l’Afrique de l’Ouest.  

 

Dans la région, la tension née après le coup d’Etat de juillet 2023 au Niger et la sortie du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la CEDEAO pour la création de l’AES a entamé la coopération sécuritaire du Bénin avec ses deux voisins le Burkina Faso et le Niger.

 

Les militaires au pouvoir au Burkina et au Niger accusent le Bénin de servir de base arrière djihadiste et d’abriter des bases militaires étrangères, notamment françaises, où se mèneraient des supposées manœuvres de déstabilisation de leurs pays. Les multiples démentis et assurances, du gouvernement béninois, qui a même invité les autorités nigériennes à inspecter le pays, n’a pas fait évoluer l’opinion de Niamey.  

 

« Le Bénin n'a jamais reconnu la présence de ces forces de déstabilisation (militaires français, ndlr) sur son territoire (…) La frontière avec le Bénin restera fermée tant que le Bénin ne comprendra pas que le combat que nous faisons c'est pas contre le Bénin que nous le faisons, c'est contre les troupes françaises de déstabilisation qui sont sur le territoire béninois et qui peuvent nous nuire », a ressassé le président nigérien, le général Tiani, dans un long entretien télévisé fin mai, pour justifier le maintien de la fermeture des frontières du Niger avec le Bénin.

 

Le Bénin paie un lourd prix de cette rupture dans la coopération sécuritaire. Malgré la ferme volonté politique de contenir le terrorisme et les importants moyens mobilisés à cet effet, depuis début 2025, le pays a été la cible de violentes attaques terroristes ayant occasionné plusieurs dizaines de morts au sein des forces de défense et de sécurité. « Les menaces sont partagées et les organisations terroristes profitent des frictions dans les relations entre les pays », commente Will Stevens. 

 

Will Stevens à l'état-major de l'opération béninoise Mirador, consacrée à la lutte contre le terrorisme
Will Stevens à l'état-major de l'opération béninoise Mirador, consacrée à la lutte contre le terrorisme

 

Dans une interview au magazine panafricain Jeune Afrique mi-mars, le chef d’Etat béninois Patrice Talon relevait que l’armée du pays « est confrontée à des groupes terroristes qui évoluent en toute liberté dans des sanctuaires désertés par les forces de défense et de sécurité » du Burkina Faso et du Niger, d’où ils se regroupent pour mener des attaques en masse.  

 

Le Bénin serait « bien plus efficace » contre le terrorisme, assure Patrice Talon, si son armée pouvait poursuivre les terroristes  « au-delà de nos frontières pour les détruire. Hélas, nos relations avec nos voisins se sont dégradées et rendent la chose impossible, ce que je regrette.»

 

Patrice Talon confie que les autorités béninoises n’ont pas manqué de relancer « régulièrement » leurs homologues des deux autres pays aux fins de rétablir une coopération sécuritaire qui permettrait de sortir de la situation terroriste.  

 

« Notre évaluation générale est la suivante : tant que les pays ne commenceront pas à travailler ensemble, il leur sera difficile de relever les défis auxquels chacun est confronté », a martelé Will Stevens, le sous-secrétaire d’Etat adjoint américain pour l’Afrique de l’Ouest.  

 

Malgré cet appel insistant, le diplomate américain ne voit pas, pour le moment, son pays jouer un rôle de médiation pour le rétablissement de la coopération sécuritaire du Bénin avec ses deux voisins de l’AES.

 

« Les États-Unis ne joueront pas un rôle de médiateur. Je pense que nous soutiendrons la façon dont un pays, par exemple le Bénin, souhaite approcher ses voisins et vice-versa. Si nous pouvons jouer un rôle utile, nous le ferons. Si par contre, la bonne approche consiste à ne pas intervenir, alors nous resterons à l’écart », clarifie-t-il.  

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